Délégation des tâches dans les domaines de la cardiologie et de l’échographie via Internet : une implication des CSRef de Dioïla et Kolokani

« Les TIC pour un accès équitable aux ressources humaines en santé », tel est le thème de l’atelier organisé par le Centre d’Expertise et de Recherche en Télémédecine et E-Santé (CERTES). Cet atelier, qui a regroupé des médecins des Centres de santé de Référence (CSRef) de Dioïla et Kolokani, s’est déroulé du 03 au 08 mars 2014, dans la salle de formation dudit centre, sis au Centre Hospitalier Mère et Enfant « le Luxembourg ». Il s’agissait d’apporter des compétences aux participants dans le domaine de la cardiologie et de l’échographie. Selon le Directeur du Centre, le Dr Cheick Oumar BAGAYOKO, cette formation permettra de pallier au déficit de spécialistes à l’intérieur du pays.

En effet, depuis 2000, le Réseau Informatique Malien d'Information et de Communication Médicale (REIMICOM) œuvre dans le domaine de la Télémédecine en collaboration avec des partenaires nationaux et internationaux. Ces expériences concluantes ont donné naissance au Réseau en Afrique Francophone pour la Télémédecine (RAFT) et démontré les énormes potentialités des outils TICs, la motivation des professionnels de la santé et l'amélioration de leurs connaissances.

Cette formation est la suite du projet Equireshus, dans le cadre de la pérennisation des acquis. Le choix des sites n’est pas fortuit. D’une superficie de 12.794 km2, le District sanitaire de Dioïla comporte 19 aires de santé fonctionnelles pour une population estimée à 500.000 habitants et distant de Bamako de 170 km. Quant au District sanitaire de Kolokani, il compte environ 250.000 habitants qui sont répartis entre ses 10 aires de santé. Kolokani est distant de Bamako de 125 km. Dans ces contrées, il n’y a ni cardiologue, ni échographiste. C’est donc environ des centaines de milliers de personnes qui verront une amélioration de leur état de santé, donc de leurs conditions de vie. L’initiation permettra aux médecins de réaliser des examens (échographie et ECG) qu'ils soumettront aux experts situés à Bamako. Ce mécanisme, travers des plates formes dédiés et professionnelles (Bogou et Dudal), aura un impact positif sur la qualité des soins et de la prise en charge. Les médecins ont appris les bases de l’échographie abdomino – pelvienne normale, l’échographie obstétricale normale, les pathologies abdominales et obstétricales, les urgences (abdominales, gynéco - obstétricales et maternelles non obstétricales) en échographie. Concernant le domaine de la cardiologie, le programme était axé le rappel de l’activité cardiaque, l’étude et la lecture d’un ECG : l’ECG normal, les anomalies sinusales, les anomalies auriculaires et de la conduction aurico – ventriculaire, les anomalies ventriculaires, les anomalies de la répolarisation. Un aperçu spécial a été fait par rapport au diagnostic et à la prise en charge de l’hypertension artérielle.

Du point de vue économique, la possibilité de réaliser les examens sur place réduira les références en réduisant les dépenses de santé. Elle permettra sûrement et certainement aux malades d’acquérir de nouvelles compétences dans la prise en charge et élevé de facto le plateau technique.

Selon le Dr Abdoul Wahab THERA, spécialiste en cardiologie, les affections du cœur touchent toutes les catégories et toutes les couches de la population. L’immensité du pays et le manque criard de spécialiste ne permettent pas une prise en charge partout sur le territoire. Cette formation de base permettra aux participants la prise initiale des maladies du cœur, pour éviter les accidents du cœur. Pour lui, tout agent de santé, même l’infirmier, doit pouvoir déceler un infarctus du myocarde sur des tracés ECG. Quant au Pr Mahamadou TOURE, spécialiste en imagerie médicale et radiodiagnostic, il trouve que cette formation vient à point nommé pour qui le très peu nombre de spécialiste dans le domaine. Cette délégation des tâches permettra de diminuer le taux des références/évacuations, améliorer le plateau technique et la prise en charge tout en renforçant le savoir médical des apprenants. C’est une aubaine pour démocratiser l’accès aux soins de santé pour qui connait le parcours du combattant pour nos mamans, sœurs et femmes à asseoir un diagnostic fiable. Cela réduira, de façon significative, le taux de morbidité et de mortalité materno-infantile.

Rappelons qu’en dehors du Mali (Bankass, Dioïla, Djenné, Kolokani et Nioro du Sahel), l’expérience est une réussite en Mauritanie, au Tchad, à Madagascar et en Guinée Conakry ; et ceci sous l’impulsion de la jeune et dynamique équipe Malienne. Les participants à l’atelier ont formulé le vœu de la multiplication de ce genre de formation au grand bonheur de notre système de santé en mutation.